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Mi-décembre, j'ai découvert sur le blog de Marc Autret, soliloqueur malin, de drôles de question sur cette idée des bonus-tracks : révèlent-elles mon seuil de médiocrité acceptable ou ma médiocrité même ? A première lecture, c'est teigneux, mais vu la nature foutraque des textes qui suivent, ça me fait plutôt marrer de lancer le débat avec lui. Comme il le dit : faut lire le livre pour comparer...
Si vous avez une idée en tête, un cadavre exquis en mal de partenaire ou un défi d'écriture automatique à me lancer, n’hésitez surtout pas.
bonustracks@christopherenauld.com
Bonus track1 : Delete her
« Ça semble si simple. »
Elle est là, tendue et volontaire, elle a lu le livre. Elle y voit
du cynique et du bandant, elle dit bandant à dessein, et les siens
sont d’accord.
Elle a trouvé en six coups de fil où commander coquin. Trop
facile. Trop vite les mots les siens, qui sait, qui dit, qui propose. Qui
comblent. Elle dit je ne sais pas alors il dit je viens.
Ils se retrouvent sur un trottoir bourgeois. Elle a détesté
son choix de terrasse et finalement trouvé délicieux ce risque
d’y croiser qui. Elle vient après détours, un rien de
suint qui la trahit, pupille ailleurs et hypocrite,
Lui l’avait vue, lui aima cet air réceptif et ces yeux d’oiseau
en danger. Il se prépara. Jeta des gestes et des regards. Elle vint
finalement.
Elle démarra brutal. La joua cliente. Ordonna. Demanda tarifs et
protocoles. Balança sans raison ni pudeur des choses qu’il
fallait, Des trucs que jamais non. Lui écouta se tut.
Elle n’aima pas silence. Toisa.
Il n’aima pas regard.
Il dit « Suis là pour donner, pas pour payer à la
place de ».
Silence
Sudation et regards clos.
Elle tient.
Il mate.
…
« Le mieux, c’est que tu ailles
te faire enculer n’importe où ».
« Bonne
idée, connard ».
Bon, promis, j’improviserai mieux la prochaine fois mais il est tard
et il est saoul.
Bonus track 3: L'avaleur qui mord (coupé au montage)
Ce pathétique pastiche du "Dormeur du val" devait être glissé dans le chapitre "Labia", qui narre cette femme et son étalon dont le rôle est figé mais pas les variations : goûte-moi. J'ai hésité à faire écrire un poème à cet homme, hommage à leur relation. Et trouvé mieux qu'on n'entre pas dans leur intimité, qu'il se taise. L'original suit, pour les amnésiques. Pardon Arthur...
C'est un trou de mouillure où sourd une rivière
Accrochant follement aux rêves des haillons
D'argent ; où le corail, que frôlement fait fier,
Luit : c'est un petit râle qui me pousse à son con. En soldat jeune, bouche ouverte, honte bue,
Tous mes sens baignant dans son frais cresson bleu,
Je mords ; étendue dans l'herbe, elle, nue,
Ouvre à deux mains ses chairs où la lumière pleut.
Le nez dans sa douceur, j'adore. Souriant comme
Sourirait le dieu des tribades, son chat me somme :
Mon homme, goûte-moi tendrement : soumets-toi.
Son parfum nu me fait frissonner la narine ;
Il ronronne au soleil de ma langue assassine,
Tranquille. C'est la vie qui bouge sous mon doigt.
Le dormeur du val, by A.R.
C'est un trou de verdure où chante une rivière,
Accrochant follement aux herbes des haillons
D'argent ; où le soleil, de la montagne fière,
Luit : c'est un petit val qui mousse de rayons.
Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,
Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,
Dort ; il est étendu dans l'herbe, sous la nue,
Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.
Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme
Sourirait un enfant malade, il fait un somme :
Nature, berce-le chaudement : il a froid.
Les parfums ne font pas frissonner sa narine ;
Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine,
Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.
Bonus track 3: A lire les yeux clos... et jusqu'au bout
Coupée au montage, une scène que j'ai jugée trop hard pour la cohérence de l'ensemble. Depuis j'ai tout entendu, de ceux qui me regardent comme un pervers dangereux aux autres qui me reprochent presque de n'avoir pas davantage joué avec leurs sens ! Mais la FNAC m'ayant classé en littérature érotique, je me dis que vous pouvez lire ça. Même si je maintiens que ce scénar' aurait déparé l'ensemble.
Contexte simple : au moment où le petit business s'essaie à l'Internet, un des écriveurs attise une correspondante aux rêveries ambisextres. A relecture, on sent que j'ai renoncé avant de peaufiner, mais c'est le jeu que de vous la faire lire telle quelle.
Tu es attachée, sur le dos. Des écharpes de soie qui écartent tes jambes et entravent tes poignets. L'étreinte est douce mais inflexible.
Un premier corps te frôle, le temps que tu tournes la tête vers l'avant-bras effleuré et cette peau étrangère a disparu. Tu scrutes, guettes un mouvement, mais c'est ta cheville opposée qu'on caresse. Tu ne verras qu'un instant disparaître une chevelure.
Soudain, on s'empare de ton menton, on le relève et te glisse une paire de lunettes vidéo. Pour l'instant, l'écran est bleu et la manoeuvre n'a pour seul effet que de t'aveugler, précisément quand les mains reviennent sur ton corps. Tu tressailles une première fois en sentant de fins cheveux parcourir ton ventre, quelques dents taquiner le plat de ta main.
Soudain l'écran fiché à tes yeux s'illumine, une image incertaine le temps que le point se fasse. Une chatte. Brune sur peau pain d'épice. Epilée juste comme tu l'aimes, une crête de chair sombre affleure, la peau est lisse entre le bas des lèvres et le pli de l'aine. Des cuisses fortes, présentant de part et d'autre un creux chanfreiné par des tendons puissants où tu poserais, si ton corps n'était prisonnier, un baiser léger qui ferait le bruit d'une goutte de pluie sur la peau nue. Oh oui tu sais ce que ferais face à tel spectacle, tournerais comme un requin sensuel, le nez caressant la toison, t'enivrerais du fin parfum et verrais frémir l'animal sous ton souffle.
Sous tes yeux, à mesure que tu le rêves, les plis sages et secs semblent s'embuer, frissonner. Fascinée tu manques de perdre le fil de cette naissance florale quand une bouche brûlante se pose à ton sein droit puis une autre si fraîche à ton autre téton.
Leurs caresses sont plus fermes, plus appuyées, plus franches que celles qu'en ton songe tu donnais à ce con, ton seul horizon. Pourtant elle s'écarquille, ses lèvres se gonflent à mesure que les deux bouches se promènent entre ton aisselle et l'extérieur de ta poitrine, à mesure qu'une descend et mordille ton flanc. Ton souffle s'accélère et c'est comme si ce sexe tressaillait en réponse, comme un animal craintif et affamé, il se rétracte puis s'apaise, se gonfle à nouveau. Une bouche s'est glissée le long de ton mollet, à l'intérieur de tes cuisses. Stupeur, le sexe bée, il te semble que vient sourdre du miel au creux des lèvres gorgées, ça luit, ça brille. Une langue se fraye un chemin dans ta bouche. Un baiser passionné ou se glisse un doigt dont tu reconnais la finesse et la longueur d'ongle : c'est un doigt, c'est une langue, ce sont des lèvres de femme. Tu les dévores, elles viennent à 20 mètres sous l'eau t'apporter une ration d'oxygène. Votre baiser semble rythmer le spectacle de cette chatte, désormais agressive, batailleuse, provocatrice. Des chairs roses se font jour, la chair qui l'encapuchonne a baissé les voiles, un petit lutin carmin semble haranguer ses troupes, et c'est comme si elles l'entendaient puisqu'à mesure qu'il se dresse, les replis se déforment comme sous l'effet d'une langue invisible. Le baiser cesse et tu te focalises sur ce sexe qu'il est insoutenable de contenter de si près, en étant si impuissante. Soudain tes narines palpitent, quelque chose les frôlent, quelque chose qui sent bon comme les images en tes yeux, ta langue a compris avant toi, elle se tend et frôle une mangue mûre. Sadique, sa propriétaire monte et descend, t'échappe et te laisse, dardée et gémissante, pour se reposer sur ta langue quand tu n'y crois plus. Puis elle t'accorde enfin la grâce, tu sens avant de la goûter que sa moiteur ouverte va étouffer tes cris, cette chatte est aussi vorace que la bouche l'était, elle gobe ta langue, elle masse ta bouche presque plus que l'inverse. Dans tes yeux le spectacle est sublime. Le sexe filmé, comme pour défier celui que tu dévores, ruisselle et s'entrouvre, les lèvres sont tellement poussées par les muscles qui les tiennent que leur extrémité rebique vers le centre, masquant une cavité luisante où tu enfouirais ton visage s'il n'était déjà enfoui dans cette fleur carnivore qui t'étouffe et te comble. Deux mains décrochent tes poignets, instantanément tu les poses au ventre, aux seins, au menton, à la bouche, aux dents et aux cheveux de celle que tu lèches. L'envie te submerge : on te baisait et soudain tu fais l'amour, la frustration est à la mesure du plaisir de ta léchée, tu fermes les yeux pour ne plus voir cette chatte, espérant que l'obscurité apaisera ta folie.
La sensation te fend en deux : alors que tu pourléchais en aveugle le sexe de ton amante et la sentais couler davantage encore à mesure que tu martyrisais ses seins, une langue s'est posée en ton sillon, douce comme le péché et précise comme un laser. Tu ouvres les yeux et jouis en un instant : les sensations de ton ventre collent au spectacle sous tes yeux, la langue qui te fend est celle qui comble le sexe en vidéo.
C'était toi qu'on filmait, c'est toi qui explose.
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