J’ai un frère de lait, enfin, de vin surtout, qui m’a tout appris en matière de pif, pinard, rouquemoute, y compris deux phrases essentielles :
- « on n’est pas là pour acheter du terrain », à dire ou entendre quand ça rechigne à se servir ;
- « t’occupe pas de la musique, toi tu danses » quand on se montre un rien insistant pour savoir ce qu’il y a à boire.

Il s’appelle Xavier Meyrueis, ne boit et ne vend que des merveilles (profitez de votre passage à Vaison-la-Romaine, il y tient jusqu’à la fin de l’année un genre de bar à vins baptisé « Que du bonheur », à un pas et demi de la place du marché et de la poste). C’est à lui que je dois ma maigre culture pinardienne. Qui me permet de me faire du bien, d’esquiver quoiqu’il arrive migraine et malstrom gastrique, de briller en société sans afficher, comme tous ces crétins, des marques en guise de goût. C’est un homme en or, il n’a qu’un défaut mais il le sait. Et je l’aime. L’homme, pas le défaut.

N’allons pas croire que je fais (seulement) de la pub aux potes. J’ai vraiment bu tout ça en écrivant.

Domaine Viret, du nom de Philippe, trentenaire inspiré voire fada qui a de qui tenir, son père étant infiniment plus perché encore. On peut écouter les deux pendant des heures, sans parler de leurs femmes. Ils ont bâti une cathédrale cosmo-cultivée, un lieu fou où vinifier et vous raconter cette acupuncture qu’ils infligent à leurs sols. Pour les vins, je me tais, sachez juste que j’ai écrit « sous » petite récolte énergétique comme merveille soignée et n’ai rien perdu en route.

Lapallu, du nom du même, éleveur en Beaujolais, peut-être un des derniers du coin à faire encore du vrai vin. Un type en or, costaud et souriant, doté d’un Brigitte à peu près aussi merveilleuse. On dirait que je brade, mais passez-y voir, voilà des humains en pied.

Clos Canarelli, un vrai vin corse. Je n’ai pas une passion pour les Corses quand ils ont le monopole de la susceptibilité, oubliant quelle image ils renvoient à la gueule du pinzute qu’à vie je dois être. Mais j’en ai une pour les vins et mots de cet homme-là, intelligents et puissants.

Thierry Guyot, vigneron en Bourgogne, dont après l’avoir bu j’ai découvert qu’il se vendait dans les espaces bio, où j’ai taché de faire sa promotion. L’homme en est un et son vin, ses vins, tout pareil.

Henri Milan, boulimique de vie à s’en étouffer, roublard, obstiné et talentueux. C’est du côté de Saint-Rémy qu’on le boit, et partout où l’on a, un rien malheureusement, suffisamment d’argent pour le suivre.

Claude et Julien Courtois, père et fils (et j’en oublie) couillus et déterminés, capables pour l’ancien de vinifier dans des seaux en plastique et d’envoyer chier une cliente qui tient mal son verre malgré deux réflexions polies, pour le jeune de lancer des cuvées d’un jour, invendables et splendides. De vrais, de beaux givrés.

Voilà pour les plus bus, mais la liste va grandir…

Pour mieux connaître, rencontrer ou commander, xavier.meyrueis@worldonline.fr