Les musiciens auxquels je dois le plus de good vibes, notamment en écrivant sont, en vrac, Frank Zappa, Andy Bey , Genesis, Tania Maria, Vincent Faucher dit Dehail, Miles, Coltrane, Ferré, Brassens, Brel, Nougaro, Bill Evans, Terje Rypdal, Linda Sharrock, Cassandra Wilson, Joe Jackson, Kenny Barron, Pat Metheny, Abdullah Ibrahim, Caetano Veloso, Tuck and Patty, Pierre Perret, Charles Mingus, Pat Martino, John Zorn, Ahmad Jamal, Henrik Gorecki, Rahsan Roland Kirk, FOG, RED et tout un tas d’autres que je prendrai temps d’inscrire.
En attendant, voici des conseils (inutiles) de fond musical. Fond au sens cuistot, de sauce, quoi.


Chp 1 : Elle
Un rien de sensualité acide… Golfrapp « Felt Moutain » sur l’album éponyme, « Perfect Lovers » de Ghost, que je n’ai trouvé que sur la compil’ « Fashion’s week 3 ». Pour ce dernier, traînez un peu afin que la cavalcade du morceau souligne celle des deux amants d’une heure.

Chp 2 : Maya
Un standard jazzouillant qui groove, entre « Watermelon Man » d’Herbie et « Miles » du même, sur l’album « Milestones ». Vous n’écouterez probablement pas le morceau en entier, vu la brièveté du chapitre.

Chp 3 : Gérald
Gérald doit se lire sur un enduis complexe et drôle… Je pense à
« Dancin’ fool » ou « Montana » de Frank Zappa, avec la crainte que vous écoutiez les paroles et les trouviez plus hilarantes que mes mots.

Chp 4 : Richard
Un peu de sensualité téléphonée, entre Barry White et le second degré de Kurt Elling (« April in Paris » et les trois morceaux enchaînés qui le suivent, sur l’album « The Messenger »)

Chp 5 : Lorella
Chapitre où bascule brièvement la vie de Gérald. « The Curse », prologue de l’album « Blue » du guitariste norvégien Terje Rypdal (ça se prononce Taria Rupdal), me semble tout indiqué.

Chp 6 : Lino
On bascule dans les souvenirs. Ceux-là se situent entre 1980 et 1985, ce qui laisse le choix. Joe Jackson (ne cherchez pas, écoutez l’album live qui couvre précisément cette période) est un de mes compagnons de l’époque, avec Queen ou quelques bons vieux funks à la Shalamar. Phil Collins aussi, puisqu’il faisait alors encore de la musique. Suivez surtout vos propres souvenirs d’époque et n’ayez pas peur du mauvais goût, des « 99 Luftballons » ou du « Rythm of the Night ».

Chp 7 : Elle et deux
Chapitre sexe, mais chapitre noir… « After the rain » de John Coltrane ou « Milonga del Angel » d’Astor Piazzola me semblent appropriés. « Miles Davis’ Funeral » de Joe Henry (album « Scar »), encore plus noir, peut faire l’affaire. Le silence aussi.

Chp 8 : Lydia
Chapitre mêlant le passé et la construction lente et rigolarde de
« l’affaire ». « Bolero », Ravel revisité par Frank Zappa (album « The best band you’ve ever heard in your life »), me semble coller à l’ambiance.

Chp 9 : Ginette (une soirée de bells’)
Un rien de mauvais goût gambillant s’impose. Genre « What is love/Baby don’t hurt me » (ne me demandez pas qui a commis cela). Ou alors, bêtement et efficacement, la musique des Full Monty, le top étant pour moi « Hot Stuff » de Donna Sumer.

Chp 10 : Vincent, Marc et Florence
Là j’hésite entre le « Deceptacon » de « Le Tigre » et ce que vous avez envie d’écouter ce jour-là.

Chp 11 : Nity
Dans mon esprit, Nity est une casse-couille post-moderniste qui refuse d’entendre des machins de plus de trois mois. Je pense qu’elle se goure et a moins néanmoins bon goût, au point d’aimer
« Poinciana » d’Ahmad Jamal.

Chp 12 : François
« One to One » de Joe Jackson ou « Mocha » de Scott Henderson.

Chp 13 : Manuelle
« Song for the boys » et « One quiet night », de Pat Metheny tout seul à la gratte baryton.

Chp 14 : Angelo
Il faut un truc déroutant pour coller à ce chapitre. Je pense notamment aux conneries de Seu Jorge reprenant « Ziggy
Stardust
». Ou, moins farce, à « Gymnopedie » version sans accent de Satie, by Herbie Mann & Bill Evans Trio

Chp 15 : Maya (à nouveau)
FOG, « Pneumonia », un genre de merveille extra-terrestre triste et rythmiquement décalée.

Chp 16 : Jean-Claude
Si je dis Daniel Guichard, vu le caractère moqueur du chapitre, on va me penser snobinard… en y réfléchissant, le « You’ve changed » de Billy Holliday chanté par Eddie Harris colle plutôt bien à l’ambiance (mais pas aux mots, on est bien d’accord).

Chp 17 : Lorella Finalemement
Faut une grosse guimauve genre Frankie Goes To Hollywood chantant « The power of love».
La suite est plus chaude. Peter Gabriel à la rescousse : « On the air » ou « Solsbury Hill ». J’irais bien taquiner « San Jacinto » ou « The rythm of the heat », mais ça nous entraînerait rien long.

Chp 18 : Philippine
Il faut une construction. Un machin qui surgit. Je suggère « Heart of ice », le dernier morceau de l’album « Body and Soul » de Joe Jackson, morceau puissantissime construit comme un palimpseste et surtout comme une splendeur. Ou, dans le genre superposition de rythmes et polyphonies, « Finding and believing », tiré de « Secret Story », from Metheny.

Chp 19 : Labia
Le sujet est brut et compliqué. « Medulla », l’album de collages vocaux de Björk exprime le même alliage. Je pense notamment à la chanson « Ancestors », carrément coïtale.

Chp 20 : Eole
Je suggère une verticale : « Aguas de Março » dans un ordre particulier. On commence par Paloma San Basilio, on enquille avec l’originale d’Antonio Carlos Jobim et Elis Regina, puis Caetano Veloso et Chiquo Buarque, David Byrne et Marisa Monte et finalement Joga Bossa, mollerie qu’on interrompt quand on veut. Ou bien, dans le genre pisseuses énervantes et néanmoins douées, « Le tigre », op.cit.

Chp 21 : Véronique
Dans ma tête il y a de la virtuosité. McLaughlin et ses potes pour Mediterranean Sundance, Sylvain Luc et son « Ambre » ou Terje Rypdal et son « Kompet Gar », absolu musical à mes yeux mais bon, ça n’intéresse personne.

Chp 22 : Tristan
Comme son nom l’indique, on n’est pas là pour rigoler. « Symphony for sorrowful moments » de Gorecki, « Louange à l’éternité de
Jésus
» de Messiaen, le « Paris Concert » de Keith Jarrett devraient offrir l’hilarité requise.

Chp 23 : Vincent
J’hésite… Nusrat Fateh Ali Kahn ? des tablas ? « Ganapati » de Susheela Raman ? on sent bien que la menace vient de cette région là mais je n’aime pas l’idée d’associer des musiciens à ce genre de complot. Tout compte fait, des percus, d’où qu’elles soient, et tant qu’on les sent plus fiévreuses que festives. Ou « He loved him
madly
», impro sombre et orageuses d’un Miles Davis malade, shooté et triste d’apprendre, deux heures avant concert, la mort d’Ellington (album « Get up with it »)

Chp 24 : Nathalie
Dans la même veine, une longue construction teintée de négritude de Miles début 70’s, « Pangaea » notamment. On peut préférer les lancinances de Steve Coleman and the Counsil of Balance (« Genesis and the opening of the way »).

Chp 25 : Manuelle (suite)
Rien, forcément, vu le sujet.

Après…
Ne restez pas trop longtemps avec moi, passez revoir les maîtres. Des trucs pleins de mots. « La mémoire et la mer » de Ferré ou
« Celui d’Alice » de Perret, « Je suis un soir d’été », de Brel, « Les oiseaux de passage » de Brassens ou « Mes hommes » de Barbara. « Coyote » de Joni Mitchell, « Kentucky Avenue » de Tom Waits,
« Grace » de Jeff Buckley, « Inséparables, mais… » d’Arthur H.,
« The Lamia » de Genesis, « Chambre avec vue » du gars Salvador. Rien que des mots affines.
En version mutique, « Nigerian market place » d’Oscar Peterson, complainte contrebassienne qui tourne au swing d’époque, i.e. disco; « Mad Nomad » d’Henri Texier, « Continuum » de Jaco Pastorius,
« Time of the Barracudas » de Bill Evans », « Sunny » de
Pat Martino, « Cumbais dance » de Jacky Terrasson… et allez vous coucher, tête et peau pleines, je l’espère, de jolies choses.

Si vous avez entendu les mêmes ou carrément d’autres et que ça vous fait plaisir de contribuer à cette réflexion essentielle, partagez.

fondmusical@christopherenauld.com